Dans ma tête·Dans mon bidon

La naissance de Bébinette

La dernière fois que je suis passée par ici, je vous avais raconté mon second trimestre de grossesse… et puis je suis tombée dans une faille spatio-temporelle… hum hum

Ma fin de grossesse a globalement été plus sereine, avec des contractions présentes mais sans effet. J’ai donc doucement repris une activité normale et j’ai profité de l’automne pour faire de belles balades en famille, un petit séjour à la montagne avec mes parents où nous avions loué un gite à la ferme (paradis de la Biscotte !) et user et abuser des « dernières fois à trois » avec notre Biscotte.

Bébinette a été un peu farceuse en se retournant seulement entre 36 et 37SA, soit quelques jours avant la version programmée ! Étant donné mes antécédents, j’ai également passé un IRM pour vérifier que mon bassin permettait une voie basse. Heureusement tout était parfait.

Si je reviens aujourd’hui c’est parce qu’écrire me manque, parce que je retrouve peu à peu du temps pour moi et rien que pour moi et surtout parce que pour digérer tout à fait mon accouchement, je crois que j’ai besoin de mettre tout ça par écrit. C’est un peu ma façon à moi d’exorciser toutes ces émotions et cette peur qui m’ont longtemps empêchée de retrouver un sommeil serein.

 

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Tout a commencé par un banal monito de routine début décembre, à 39SA et des poussières … une tension normale, quelques petites contractions par ci par là, tient, sur celle-ci le cœur de Bébinette a un peu réagit, une légère baisse et ça repart. Rien de grave me dit ma sage-femme. Je pars donc le cœur léger manger au resto avec des copines.

Le lendemain, c’est mon rendez-vous mensuel du neuvième mois. Mon gynéco vérifie que tout va bien, jette un œil distrait au tracé du monito de la veille et conclu par un « à très bientôt Madame Lavande, c’est bientôt la fin maintenant ! ».

Le samedi suivant, 40SA, nous profitons d’une belle journée d’hiver  pour faire une balade tous les trois, la Biscotte, Mister M. et moi. Nous finissons la soirée par un repas au restaurant. En sortant, je dis à Mister M. qu’avec la grande balade que nous avons faite, ça ne serait pas étonnant que j’ai plus de contractions d’ici quelques heures. Finalement la nuit est plutôt calme et le dimanche aussi.

Le dimanche soir je m’endors sereine, le lendemain mes parents arrivent pour pouvoir garder la Biscotte quand le grand jour sera venu. Mais à 3h du matin, je suis réveillée par des contractions un peu plus fortes que d’habitudes. Au bout de quelques heures, malgré un peu de ballon, un bon bain chaud et du Spasfon, les contractions se font plus rapprochées et un peu plus douloureuses. Nous décidons donc, avec Mister M., de nous préparer pour aller faire un tour à la maternité.

Vers 9h, après avoir déposé la Biscotte chez sa nounou en lui expliquant que c’est son papi et sa mamie qui viendront la chercher dans l’après-midi, nous nous mettons en route. Une dernière photo souvenir sur le parking et nous sonnons à l’entrée du service maternité.

Les contractions étant bien présentes et le col déjà ouvert, on nous installe dans une salle pour un monito. Celui-ci s’avèrera un peu compliqué, Bébinette bouge beaucoup, on a du mal à capter correctement son rythme cardiaque. Finalement au bout de presque 2h, on me libère et je peux aller m’installer dans ma chambre. Les sages-femmes me demandent si je souhaite la péridurale tout de suite ou si je veux attendre encore un peu. Je choisi de patienter encore.

En début d’après-midi, je commence à avoir du mal à gérer les contractions qui se sont intensifiées et que je ressens dans le dos. L’équipe m’installe donc en salle d’accouchement. J’ai la chance de profiter d’une salle avec une grande banquette, beaucoup de coussins (Mister M. a apprécié!) et un ballon. Je suis en confiance, c’est une des sages-femmes que je préfère qui me suis, la pose de la péridurale se fait rapidement et sans douleur. Mister M. est resté à mes côtés et l’anesthésiste est vraiment très sympathique. Connaissant mon malaise à la vue du sang, l’équipe m’a même proposé le gaz hilarant pendant la pose du cathéter et de la péridurale.

Cette dernière fait rapidement effet, elle est un peu plus forte d’un côté que de l’autre mais les douleurs sont tout à fait supportables. On m’a remis sous monito et pendant que je me repose un peu en sirotant un jus de pomme, la sage-femme me propose de me mettre quelques aiguilles d’acupuncture pour aider le travail. J’accepte car je sais qu’avec un utérus cicatriciel, si les choses trainent trop, la césarienne s’imposera. A ce moment-là, mon col est ouvert à presque 5, Bébinette est bien positionnée et commence à descendre dans mon bassin,  je n’ai plus mal, Mister M. s’est endormi sur la banquette à côté de moi et je discute tranquillement avec les deux sages-femmes qui m’accompagnent.

Depuis qu’on m’a posé le monito, comme le matin, il est difficile de capter le cœur de Bébinette. Elle s’agite beaucoup et on a l’impression que les contractions la font encore plus bouger. Il y a quelques décélérations sur le tracé alors, un peu après 17h, pour être sures de bien mesurer son pouls et non le mien, on me pose un capteur de rythme cardiaque au bout de l’index.

Je vois tout de suite que ce n’est pas mon rythme que capte le monito, mais bien celui de ma puce. Il y a une ou deux contractions, maintenant espacées de seulement 1 à 2 min, pendant lesquelles son cœur ralenti pour ensuite repartir et puis à la contraction suivante il ne remonte pas.

Les sages-femmes ont aussi vu l’anomalie et appellent la gynécologue de garde. Je suis entourée de machines qui bipent, et en quelques secondes la gynéco arrive, jette un coup d’œil au monito et appelle du renfort.

« Code rouge »

Je n’ai pas besoin d’en entendre plus, je sais ce que cela veut dire.

15 petites minutes.

Dans moins de 15 minutes ma fille devra être dehors.

Sous les yeux d’un Mister M. sous le choc, je pars au bloc, entourée des sages-femmes qui tiennent mes perfusions en courant, sans prendre le temps de les accrocher correctement. Je suis installée rapidement, avec ma péridurale latéralisée, l’anesthésiste est obligée de forcer la dose pour être sure que je ne souffre pas. Elle me rassure comme elle peut, sa voix dans mon oreille est la seule chose à laquelle je m’accroche pour ne pas paniquer. Je ne sens presque plus mes bras et le champ n’est pas encore complètement installé quand la gynéco annonce qu’elle incise.  Elle me demande à trois reprises de pousser.

Il s’est écoulé moins de 5 min depuis que j’ai quitté la salle d’accouchement pour le bloc opératoire.

« 17h13. Votre fille est née. On l’emmène pour quelques vérifications. On vous donne des nouvelles dès que possible. »

10min. Les 10min les plus longues de toute ma vie. L’anesthésiste est restée à mes côtés tout le temps. J’ai dû lui demander au moins 50 fois si ma fille allait bien sans qu’elle n’ait la réponse. Et puis un petit cri dans la pièce à côté, l’aide-soignante qui revient souriante : « Votre fille est une battante, elle crie, elle respire. On vous l’amène dans quelques minutes ».

Dans mon cœur les digues ont lâché, je pleure, je ris, je pleure encore… et on me pose enfin sur la poitrine ma Bébinette, mon petit bébé de 3kg300 née à 40SA+2. Je reste quelques précieuses minutes avec elle tout contre moi avant qu’elle parte rejoindre son papa pour 2h de peau à peau, cœur contre cœur.

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Moi, je suis étonnamment en forme. Je me souviens avoir lutté pour garder les yeux ouverts après la naissance de la Biscotte, mais là pas du tout. En salle de réveil j’ai la surprise de voir une des sages-femmes m’apporter mon téléphone avec dedans des photos de Bébinette et de son papa ainsi que  des premiers soins. J’ai trouvé cela particulièrement attentionné !

Au bout des 2h règlementaires, je peux enfin rejoindre ma chambre. Mister M. m’attend avec Bébinette dans les bras et nous profitons tous les trois d’une tétée d’accueil de compétition ! 45min de pur bonheur.

Dans les jours qui suivent, je suis très entourée par l’équipe. La chute des hormones aidant, le quatrième jour j’ai souhaité discuter avec la psychologue. Cette discussion m’a beaucoup aidé à déculpabiliser et à accepter. J’ai mis du temps avant de pouvoir parler de mon accouchement sans finir en larmes et même si aujourd’hui, quasiment 6 mois plus tard, je pleure encore en écrivant ces mots, je sais que j’ai digéré les choses.

Ma fille va bien, les examens qu’elle a subit les premiers jours ont montré qu’elle ne garderait pas de séquelle. On est passé à quelques minutes du pire mais aujourd’hui c’est derrière nous pour de bon.

Alors je n’ai pas de mots pour l’équipe formidablement humaine qui m’a accompagné à la maternité ! Juste merci, merci du fond du cœur. Sans vous je ne serais tout simplement pas la maman de deux enfants en parfaite santé.

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Aujourd’hui Bébinette à presque 6 mois, c’est un bébé adorable. Elle a commencé à faire de vraies nuit de 9 ou 10h vers ses 2 mois, elle a tout de suite parfaitement tété et ses courbes de croissance sont dans la partie haute des statistiques. Depuis quelques jours nous avons commencé la diversification et dans 1 mois je reprendrai le chemin du bureau.

J’ai finalement encore beaucoup de choses à vous raconter, comment la Biscotte est devenu une grande sœur adorable, comment j’ai encore une fois adoré ces mois d’allaitement exclusif, notre voyage aux Antilles à 4 et bien d’autres choses encore. Je sais d’avance que le mois de juin va être chargé, j’ai déjà un agenda de ministre. Finalement et paradoxalement, c’est quand je travaille que j’ai le plus de temps pour écrire, sur ma pause midi.

Alors je vous dis à très bientôt !

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27 commentaires sur “La naissance de Bébinette

  1. Je suis heureuse de te retrouver ici et c’est un article particulièrement émouvant… Je ne peux pas m’empêcher de m’y reconnaître un peu. Mon dernier est en pleine forme, ne garde aucune séquelle de sa prématurité pour le moment et pourtant je ne suis pas sûre d’avoir vraiment dépassé le traumatisme de sa naissance. Je reste hyper sensible sur le sujet. C’est compliqué de savoir qu’on est passé pas loin du pire avec ce qui nous est le plus cher. Vive la médecine moderne en tout cas, je sais aussi que j’ai beaucoup de chance d’avoir pu en profiter.

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    1. Ce n’est pas si facile de « passer à autre chose » comme on peut souvent l’entendre. Même si les moments difficiles ne laissent pas de traces visibles, la violence avec laquelle on le vit est difficile à oublier. On a toujours un petit « et si… » qui trotte dans la tête.
      Heureusement que les petits gazouillis permettent de se rapeller que finalement la vie est la plus forte 😊

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  2. Je suis tellement contente de te lire.
    Ton article est très émouvant et je ne peux m’empêcher de me projeter dans ma césarienne pour Tess même si je n’étais « qu’un code orange »… C’est des choses difficiles à digérer. Il m’a fallu pas mal de temps aussi…
    J’espère te relire bientôt par ici 🙂

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  3. Ravie de vous relire à nouveau ! Je n’ai pas pu m’empêcher de verser une larme en lisant votre récit. La grossesse a beau ne pas être une maladie, elle n’est jamais totalement prévisible et « sécurisée ». Dans ces cas-là on se réjouit d’avoir autour de soi des médecins et des infirmières vigilants et hyper réactifs pour que tout se termine bien… Je vous souhaite de magnifiques moments avec votre fille !

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  4. Oh la la, moi aussi, j’ai fini en larmes…. Quelles émotions, pour cette naissance bien particulière ! C’est normal de prendre le temps de digérer tout cela, et je suis heureuse de lire que tu as été si bien accompagnée par l’équipe médicale.
    Profite bien de ces dernières semaines de parenthèse avec ta petite Bébinette ❤

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  5. Heureuse que tu ailles bien entourée de tes deux princesses en pleine forme.
    J’adore te lire mais Je ne te souhaiterai pas de reprendre le chemin du travail au plus vite 😉 profite encore de ces derniers moments rien qu’à vous et nous attendrons ♡

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