Dans ma tête

Un grand écart au-dessus de l’Atlantique…

Pour ce premier vrai article, j’ai décidé de vous parler d’un sujet qui me préoccupe depuis quelques temps, et dont nous avons discuté le week-end dernier encore avec Mister M. (mon cher et tendre mari et heureux papa de la Biscotte). Bienvenue dans mon petit cerveau de maman un brin stressée 😉

S’il y a une question que je me pose régulièrement depuis la naissance de ma fille (et même peut-être depuis plus longtemps que cela) c’est celle de la transmission de notre culture à nos enfants. Et la lecture de l’article d’Ars Maëlle (Un problème de transmission) sur le sujet, en novembre dernier, a ramené ce sujet au centre de mes préoccupations.

A première vue, mon mari et moi nous ne paraissons pas être concernés par le problème de la double culture. Je m’explique : nous avons tous les deux la même nationalité, nous parlons la même langue, nous avons fait les mêmes études.

Et pourtant…

Mon mari vient des Antilles. Il y est né, y a grandi et a encore quasiment toute sa famille là-bas. Il n’a réellement découvert la métropole qu’après le bac, pour ses études supérieures. Pour lui à Noël il fait 30°C à l’ombre et on mange du jambon de Noël à l’ananas !

Quant à moi je suis née et ai grandi dans le sud de la France, et j’y ai aussi toute ma famille et la plupart de mes amis. Et pour reprendre l’exemple de Noël, traditionnellement dans ma famille, il y a un bon feu de cheminée, un sapin qui clignote et une raclette pour le réveillon !

Nous nous sommes rencontrés au tout début de nos études et j’ai pour la première fois découvert son île l’été suivant (j’ai été accueillie par un cyclone, mais ça c’est une autre histoire). Tant que nous étions sans enfant, les choses étaient simples : nous voyions mes parents environ 1 week-end par mois, les siens venaient en général 2 fois par an en métropole et nous y allions 1 fois par an.

Mon mari a découvert notre mode de vie (chez nous on parle beaucoup, on a un accent « chantant » et on mange beaucoup de ratatouille en été, avec un bon petit rosé bien frais) et j’ai découvert le sien (chez lui on mange du colombo et on boit des ti-punch, on parle parfois créole et on n’a qu’à se baisser pour ramasser les noix de coco dans le jardin).

En 2014 nous nous sommes mariés, en faisant la part belle à nos origines de part et d’autres de l’atlantique (il faudra que je vous raconte ça, je crois que notre mariage est à classer dans la catégorie « atypique »).

Et puis la Biscotte est arrivée.

Elle est la première des petits enfants à avoir pointé son nez, du côté de mon mari comme du mien, et les quatre grands parents étaient plus qu’impatients de la rencontrer.

Mes parents sont venus la voir un long après-midi à la maternité, puis nous avons gardé le rythme de les voir un week-end par mois et même quatre ou cinq jours quand c’est eux qui viennent nous voir. Cet été, j’étais encore en congé parental alors j’en ai profité pour passer dix jours en juillet et dix jours en aout chez mes parents (qui a dit que c’était pour profiter de la piscine ?).

Et ma belle-famille ? Ils sont venus passer 5 jours à la maison quand la Biscotte avait trois semaines. Puis nous sommes partis trois semaines aux Antilles un peu avant ses deux mois. Profitant de la naissance de leur seconde petite fille, mes beaux-parents sont revenus nous voir quelques jours début octobre. Et désormais ils ne la reverrons pas avant le mois de mars.

Je me suis vite rendue compte que ma puce reconnaissait très bien mes parents (et même juste leur voix au téléphone) mais beaucoup plus difficilement mes beaux-parents, malgré des appels en visio réguliers. Et ça me rend un peu triste, pour eux, mais aussi pour elle.


Au-delà de tout ça, je me pose des questions sur la transmission de la culture familiale. Je sais que mon mari est très attaché à son île et qu’il aimerait que ses enfants partagent ça avec lui.  Mais c’est difficile au quotidien de trouver un équilibre : nous essayons de lui faire écouter des comptines en créole, je cuisine assez souvent des plats antillais et évidement nous continuerons à partir chaque année chez mes beaux-parents et j’espère que les vacances là-bas nous aiderons à rendre tout cela plus concret pour elle.

C’est difficile à formuler, mais au fond de moi j’ai l’impression qu’il va lui manquer un bout de son identité. Je me demande bien ce qu’elle répondra quand, plus grande, on lui demandera d’où elle est originaire.

La région où nous habitons actuellement, nous y sommes arrivés par hasard : après un an dans le nord à la fin de nos études, nous avons voulu redescendre plus au sud et on a proposé la région Rhône-Alpes à mon mari pour une mutation. Mais il y a de fortes chances que nous en repartions, pour le sud justement, dans quelques années.

Alors est ce qu’elle se considèrera comme originaire de cette région parce qu’elle y sera née et y aura vécu quelques années ? Ou bien du Sud parce qu’elle y aura grandi (si notre projet d’y retourner se concrétise) et que c’est de là que vient sa famille maternelle ? Et les Antilles dans tout ça ?

Pour l’instant je n’ai pas de réponse mais j’espère que nous arriverons naturellement à trouver un équilibre. Il est vrai que j’ai un peu peur aussi que cela entraine des incompréhensions ou des tensions entre nos familles qui, pour l’instant, s’entendent très bien (Du genre : « Tes parents ont gardés la Biscotte cet été, pour Noël ce sera nous »). Ce n’est pas trop le genre de nos familles de nous faire ce type de remarques, mais je ne voudrais pas qu’elles le ressentent comme ça, même sans nous le dire.

En devenant parents, je crois que  nous avons chacun à cœur de transmettre nos valeurs, nos habitudes et nos traditions. Et ce que nous transmettons reflète ce que nos propres parents nous ont transmis. J’espère donc que nous saurons trouver cet équilibre avec mon mari, pour faire de ces différences une richesse pour nos enfants.

Et chez vous la question de l’équilibre entre les influences familiales maternelle et paternelle s’est-elle posée ? Vous avez aussi une famille qui vit très (très) loin et vous gérez ça comment ?

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23 commentaires sur “Un grand écart au-dessus de l’Atlantique…

  1. Quel sujet passionnant pour un premier vrai article ! 🙂

    On se sent que cela vous tient à coeur, à Mister M. comme à toi, et je suis sincèrement persuadée que c’est déjà un grand pas vers la transmission de cette culture riche et mixte que vous offrez à votre fille.
    J’ai également l’impression que tu es inquiète à l’idée de « rater » quelque chose, de déséquilibrer les rapports entre ta famille et celle de son papa, et sur ce point, je voudrais te rassurer : ce n’est que très (très très très) rarement possible que les deux familles soient impliquées de la même manière dans la vie des petits-enfants ! Bien souvent pour des raisons géographiques, comme c’est le cas pour vous, mais aussi parfois pour d’autres raisons qui sont propres à l’histoire et au vécu de chacun des parents, les petits-enfants ne voient pas autant leurs grands-parents des deux côtés. Et pourtant, auprès de leurs parents, notamment, les enfants grandissent dans cet environnement mixte en piochant de chaque côté ce qu’on leur propose : fais confiance à ta (toute) petite fille pour grandir avec ces choix-là. Vous lui offrez déjà régulièrement la chance de découvrir l’île de son papa, sa famille des Caraïbes et toute cette culture, et je suis sûre qu’elle saura y piocher.

    Dernière petite chose, que je voudrais ajouter et qui est très personnelle : mon papa est originaire d’Algérie, de Kabylie, plus précisément. Cependant, son histoire avec son pays et sa culture d’origine est très compliquée, et il n’a pas souhaité nous la transmettre de manière forte, à ma soeur et moi. Et pourtant, malgré ces circonstances un peu particulières, je me sens riche de cette origine-là, à travers un état d’esprit, une ouverture, de la musique, des spécialités gastronomiques, etc etc, et ce même sans en parler la langue ou partager la religion.

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    1. C’est très vrai ce que tu dis sur l’équilibre entre les grands-parents, et en y réfléchissant, mon frère et moi nous n’avons pas autant vu nos grands parents paternels que nos grands parents maternels, et ce n’était pas un problème de distance.
      Je pense que cette angoisse vient aussi pour moi du fait que je ne voudrais pas voir nos relations avec nos parents se dégrader pour ces questions là.
      L’exemple de ton papa me rassure, je me dis que même si nous n’arrivons pas à un équilibre « parfait », notre puce y trouvera quand même son compte.

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    2. Je partage vraiment le point de vue de Louna. L’égalité parfaite entre les grands parents doit vraiment être rare et je ne sais même pas si c’est souhaitable. Chaque personne et situation est différente et c’est bien ce qui fait plus tard la richesse (ou pas) de la relation entre les petits enfants et les grands parents.
      De plus, il me semble que ta fille est encore toute petite, tout ça va se faire naturellement je pense 🙂

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      1. Oui pour l’instant notre puce est encore petite, mais je note déjà une différence d’enthousiasme suivant qui elle voit en visio sur nos téléphones. J’espère qu’en effet, comme tu le dis, les choses se feront naturellement.

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  2. C’est un chouette premier sujet ! Tes parents et tes beaux parents ont l’air d’être des personnes sensées: ils comprendrons parfaitement que l’éloignement géographique fait que les choses se passent de cette manière. Quant à la transmission des cultures, si ta fille va régulièrement dans les Antilles, qu’elle y retrouve ses grands parents, je suis sûre qu’elle se sentira un peu de là-bas. Mon grand-père était landais. Je n’ai jamais habité dans les Landes mais j’y ai passé beaucoup de vacances. Et c’est de là que j’ai vraiment l’impression de venir…

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  3. Je comprends ton interrogation, j’avais un peu la même angoisse (dans une moindre mesure) avec mes beaux parents à 4h de route et mes parents à 12h (mais 2h d’avion). Bon pour l’instant, je suis la seule à avoir des enfants et on vois mes parents tous les 2/3 mois (trop selon le Breton, mais c’est un autre problème)
    Si ça peut te rassurer, ma famille est d’origine lyonnaise, mais je n’y suis pas née, ensuite nous avons beaucoup déménagé, dont les tropiques (3 ans à Tahitie où mon frère est né et 5 ans à la Réunion). Si on me pose la question, je répond que je suis lyonnaise familialement (alors que je n’y ai jamais vécu, mais voilà, cette ville fait partie de mon histoire, j’utilise de l’argot et des expressions de là bas, car j’ai baigné dans ce langage), reunionnaise d’enfance et bretonne de coeur 😉
    Je pourrais demander à mon frère s’il se sent tahitien 😊
    Donc pour moi, la transmission, ce n’est pas seulement le lieux de vie mais tous ce qui compose notre entourage. J’ai rendue folle une prof qui se targuait de reconnaître tous les accents du monde mais ne reconnaissait pas le mien ! Normal, il est unique puisque multiculturel 😉

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  4. Le déséquilibre au niveau des grands parents est quelque chose qui me taraude beaucoup.
    Ma famille vit loin de nous et j’accepte difficilement que mes beaux parents soient plus présents que mes parents. Même si quand tu les écoutes c’est eux les lésés dans l’histoire parce qu’on va moins dans leur maison secondaire en vacances que chez mes parents.
    Du coup, je suis un peu angoissée à ce sujet (un de plus) avec l’arrivée de ma choupette.
    En grandissant je peux t’assurer que ta fille reconnaitra mieux ses grands parents même si c’est par visio. Mon neveu voit mes parents neuf fois sur dix par ce biais, et je peux t’assurer qu’il les reconnaît très bien du haut de ses deux ans.

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    1. C’est sur qu’en grandissant elle va apprendre à reconnaitre tout le monde de mieux en mieux.
      Je te comprends tout à fait, c’est dur quand nos parents sont loin de voir les autres plus souvent. Je sais que mon mari le ressent un peu comme ça aussi.
      Si ton neveu reconnait bien tes parents, il n’y a pas de raison que ta choupette ne fasse pas pareil par la suite 🙂

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  5. Déjà, belle réussite pour un premier article ;o) – c’est toujours un peu le plus difficile!
    Après – ma famille et celle de mon jules ne vivent pas auprès de nous (seulement à 2-3h de route, donc pas trop loin non plus, mais pas là au quotidien), et pourtant nos « visites » et les leurs ne sont pas plus équilibrées! Je pense aussi que ses racines passeront par ce que vous lui transmettrez – en lui parlant de ce qui est important pour vous, en en recréant des bribes dans votre foyer, elle l’intégrera naturellement.
    Je suis auvergnate, jules est plutôt de l’Est, nous vivons à Lyon, et pour l’instant les filles sont de Lyon, mais avec une connaissance des traditions propres à nos deux familles (et aussi de leurs valeurs et usages, qui ne sont pas toujours les mêmes!) ; les enfants savent bien s’imprégner de ce qui les entoure, nul doute que la votre saura intrégrer les deux tout autant, peut être pas toujours au même rythme, mais aussi profondément.

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    1. Finalement 2 ou 3h de route c’est déjà beaucoup, et puis en lisant tous vos commentaires je me rend compte que finalement la relation avec les grands-parents dépend plus des affinités et de nos relations avec nos parents que de la distance. Et ça ça me rassure !

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  6. Je comprends très bien ce que tu veux dire. Mon grand-père maternel est Martiniquais, lui et ma grand-mère ont vécu en Bretagne jusqu’en 1987-1988. Ma grand-mère est Bretonne. Elle est revenue seul en 1990 pour le mariage de mes parents. Ils m’ont vue pour la première fois en 1993, depuis j’y suis allée en 2001 et en 2006. Ma grand-mère et une de mes tantes qui vit avec mes grands-parents sont venus en 2002-2003, depuis je ne les ai pas vus. Et au fond de moi, j’aimerais beaucoup en savoir plus sur la culture Antillaise en général, je connais quelques trucs mais rien de mirobolant, et je regrette… Mais les billets d’avion ne sont pas donnés…
    Aujourd’hui je vis ma vie avec l’Amoureux, j’aimerais tellement qu’ils le rencontrent et qu’ils rencontrent mon enfant le jour où j’en aurai un…

    Désolée je m’emporte 😊

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    1. Oh je comprends que tu aies envie d’en savoir plus sur cette culture, elle est tellement riche et complexe ! Mais c’est vrai que le prix des billets d’avions c’est un frein (si jamais tu sautes le pas, la période creuse pour partir c’est avril mai, les vols sont autour de 500e AR 😉)
      Tes grands-parents ne voyagent plus trop ? J’imagine qu’ils doivent te manquer. J’ai adoré voir ma grand-mère rencontrer ma Biscotte pour la première fois, c’était hyper émouvant de voir 4 générations côtes à côtes !

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  7. Louna a déjà tout dit, une répartition parfaite est quasi impossible et c’est normal que ta petite fille manifeste plus d’enthousiasme envers les grands parents qu’elle voit le plus souvent. Quand elle grandira, elle créera d’autres repères et d’autres affinités.
    Mes parents habitaient à 100m de mes grands parents paternels que je voyais quasi tous les jours. Et pourtant, j’avais bien plus d’affinités avec ma grand mère maternelle que je ne voyais que pendant les vacances…
    Petite question de curiosité : vous comptez lui apprendre le créole ?
    Super débuts en tout cas 😉

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    1. Hihi oui je pense que mon mari lui apprendra les bases du créole. Il a d’ailleurs régulièrement des expressions qu’il utilise au quotidien ! Et mon beau-père parle aussi assez souvent en créole.
      De mon coté même si maintenant je comprends à peu près tout, je le parle très peu alors comme ça je me perfectionnerai aussi 😉

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  8. Quel honneur d’avoir inspiré ton premier sujet 😉 En plus ça me touche beaucoup puisque j’ai aussi des origines créoles et aucun grand parent né en France métropolitaine (1 sur une île française, 1 autre sur une autre île française, et 2 à l’étranger).
    Malheureusement il n’y a pas eu de forte transmission dans ma famille, d’abord parce qu’ils étaient tous déracinés puis à cause de la séparation de mes parents, en revanche je crois que comme Louna, ça a créé un goût de la différence (mais pas de goût des voyages puisque je ne suis allée sur la première île qu’à 24 ans, et encore jamais sur la seconde, qui est pourtant beaucoup plus proche !)
    Je pense que plutôt que de regarder les choses comme « il y a un potentiel et au mieux on l’atteindra, au pire on va lui faire rater quelque chose », tu peux te dire que tout ce que vous lui offrirez de cette richesse culturelle sera un don, une richesse en plus. Des comptine, des spécialités et un voyage par an, c’est déjà fantastique pour ta Biscotte !
    Quant au déséquilibre des grands parents, je vois avec mes neveux qu’il n’y a pas besoin d’être loin pour que les disparités s’installent, et si tu sens vos deux familles dans une attitude ouverte, je pense qu’il n’y aura pas de problème 🙂

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    1. Comme tu le vois tes articles laissent des traces et font réfléchir ! 😉
      Je me rend compte qu’effectivement autant considérer dès le départ que ce « plus » d’avoir deux familles d’origines différentes sera forcément une richesse et puis il sera toujours temps de rééquilibrer les choses quand elle grandira si on sent qu’elle est en demande d’un côté ou de l’autre.
      Pour l’instant coté implication, les quatre grands parents sont complètement gagas de leur petite fille 🙂 donc je pense qu’ils auront à cœur de lui faire découvrir les traditions familiale.

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  9. Un enfant rassemble les familles et, en même temps, les sépare. C’est vrai que c’est parfois difficile à concilier, surtout quand elles sont éloignées. J’espère que tout le monde gardera sa bonne volonté et que vous arriverez à faire ce grand écart. En même temps, quelle richesse pour ta biscotte! Deux cultures, deux continents, deux modes de vie! C’est un beau bagage!

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